Recruter un directeur ou un manager commercial : le brief qui évite l’échec à 6 mois
Six décisions à prendre avant la première annonce, pour que la période d’essai serve à vérifier et non à découvrir
Quand le recrutement d’un directeur commercial échoue au bout de six mois, le diagnostic posé après coup porte presque toujours sur la personne : pas le bon profil, pas la bonne posture. En reprenant le dossier, on trouve plus souvent un brief qui décrivait un intitulé de poste sans dire ce qu’on attendait de la personne. Le baromètre 2026 de l’Apec sur les pratiques de recrutement de cadres le montre à sa manière : la première difficulté citée par les entreprises qui peinent à recruter n’est plus le manque de candidatures, mais le décalage entre les candidatures reçues et le profil recherché, mentionné par 75 % d’entre elles. Un poste mal défini attire des candidats mal ciblés. Avec un délai moyen de douze semaines pour recruter un cadre, puis une période d’essai qui se joue en réalité sur trois mois, une erreur de cadrage met près de six mois à apparaître. Avant de recruter un directeur commercial ou un manager, six décisions méritent d’être écrites noir sur blanc.
Recruter un directeur commercial ou un manager : trancher le niveau de poste
Les deux intitulés circulent indifféremment dans les annonces, alors qu’ils ne recouvrent pas le même métier. Dans sa fiche métier consacrée au directeur commercial, l’Apec le décrit comme le responsable de la stratégie commerciale, rattaché à la direction générale et membre du comité de direction, avec en général au moins dix ans d’expérience. Le manager commercial, selon la fiche Apec correspondante, décline cette stratégie sur le terrain : objectifs de l’équipe, pilotage des plans de prospection, coaching individuel. L’attendu tourne autour de cinq ans de vente, dont souvent trois d’encadrement.
Le test tient en trois questions. Qui fixera les prix, les cibles et les objectifs de l’an prochain ? Combien de personnes le futur recruté encadrera-t-il ? Y aura-t-il des managers entre lui et les commerciaux ? Une société de services qui compte six commerciaux, sans encadrement intermédiaire, et qui cherche quelqu’un pour les accompagner en rendez-vous a besoin d’un manager. Si elle publie une annonce de directeur, elle attirera des candidats venus construire une stratégie, qui se retrouveront dès le deuxième mois dans un rôle de coach terrain qu’ils n’ont pas choisi.
Écrire les résultats attendus à douze mois, pas une liste de missions
Une fiche de poste énumère des activités. Les résultats attendus disent ce qui aura changé dans un an si le recrutement réussit. Trois résultats suffisent, chacun formulé de manière vérifiable. Par exemple : porter de 15 à 25 % la part du chiffre d’affaires réalisée avec de nouveaux clients, disposer d’un pipeline renseigné dans le CRM pour toute l’équipe, recruter et intégrer deux commerciaux. Ajoutez ce que le poste n’inclut pas : les grands comptes historiques que le dirigeant garde en direct, le marketing, la refonte de l’offre. Ces exclusions évitent les malentendus qui surgissent au troisième mois, quand le recruté découvre qu’une partie du terrain lui échappe.
Ces résultats ne se définissent pas sans diagnostic. Si vous ne savez pas précisément où votre organisation commerciale perd des affaires, le recruté le découvrira à votre place, et vous jugerez ses premiers mois sur son ressenti plutôt que sur des faits. Une grille comme celle de notre audit commercial en 12 points permet de poser ce constat avant de rédiger quoi que ce soit. Elle a un autre avantage : elle oblige le dirigeant à distinguer ce qui relève d’un manque de compétences dans l’équipe de ce qui relève d’un problème d’offre ou de ciblage, qu’aucun recrutement ne corrigera.
Montrer l’état réel de l’équipe et du pipeline
Le réflexe naturel consiste à présenter l’entreprise sous son meilleur jour. Pour un poste de direction, c’est un mauvais calcul. Un candidat sérieux posera les questions qui fâchent, et celui qui ne les pose pas est rarement celui qu’il vous faut. Le brief doit donc contenir l’état des lieux : taux d’atteinte des objectifs sur les deux derniers exercices, ancienneté et départs dans l’équipe, qualité des données du CRM, part du chiffre d’affaires portée par le dirigeant lui-même.
Ces éléments servent deux fois. Pendant le recrutement, ils permettent de tester la lecture du candidat : ce qu’il regarde en premier, les questions qu’il pose, ce qu’il proposerait de mesurer. Après l’embauche, ils constituent le point zéro à partir duquel on évaluera ses progrès. Sans cette base, les indicateurs de suivi sont choisis après coup, souvent par la personne évaluée. Pour une équipe qui prospecte au téléphone, les KPIs essentiels de la prospection téléphonique donnent une première liste d’indicateurs d’activité à figer avant l’arrivée du recruté.
Fixer le package avant de lancer la recherche
Quand on s’apprête à recruter un directeur commercial, les écarts de rémunération sont trop larges pour se décider en cours de route. D’après l’Apec, 80 % des offres de directeur commercial affichent une rémunération annuelle brute, fixe et variable compris, entre 43 000 et 100 000 euros, pour une moyenne de 69 000 euros. Pour un manager commercial, la fourchette va de 33 000 à 65 000 euros, avec une moyenne de 47 000 euros. Cette dispersion reflète la diversité des périmètres. Elle rappelle surtout que la rémunération se déduit des résultats attendus, et non l’inverse.
Avant le sourcing, trois choix doivent être faits : la part du variable, les indicateurs sur lesquels il repose et son traitement la première année. Un variable indexé sur le chiffre d’affaires total récompense d’abord le portefeuille hérité, pas le travail du nouvel arrivant. Un variable garanti sur les premiers mois, ou adossé aux jalons de la période d’essai, est souvent plus cohérent. Ne pas trancher en amont expose à une négociation improvisée en fin de processus. Le baromètre de l’Apec classe d’ailleurs les prétentions salariales parmi les difficultés citées par près d’une entreprise sur deux (48 %) parmi celles qui peinent à recruter.
Évaluer sur une mise en situation tirée de votre réalité
Les entretiens classiques mesurent surtout l’aisance à raconter son parcours, exercice que tout candidat à un poste de direction commerciale maîtrise. Selon l’Apec, 96 % des entreprises jugent les compétences comportementales au moins aussi importantes que les compétences techniques, mais seules 41 % les évaluent de manière formalisée, et 29 % ont recours à des mises en situation professionnelle. L’écart entre ce qu’on dit chercher et ce qu’on vérifie est là.
Pour un directeur commercial, la mise en situation la plus parlante consiste à lui transmettre une version anonymisée de l’état des lieux décrit plus haut, puis à lui demander de présenter ses priorités à 90 jours devant le dirigeant et un autre membre du comité de direction. Vous observerez sa lecture des chiffres, la hiérarchie qu’il établit entre les sujets et sa manière de traiter les objections. Pour un manager, faites-lui écouter l’appel enregistré d’un de vos commerciaux et demandez-lui de conduire le débrief. C’est le cœur du métier, et l’exercice se prépare difficilement à l’avance. Notre article sur l’utilisation des enregistrements d’appels pour former ses équipes détaille comment choisir et préparer ce type de support.
Caler les jalons sur la vraie durée de la période d’essai
C’est le point le plus souvent oublié, et celui qui explique la plupart des échecs constatés au sixième mois. Pour un cadre en CDI, la période d’essai initiale est de quatre mois au maximum. Elle ne peut atteindre huit mois que si trois conditions sont réunies : un accord de branche étendu prévoit le renouvellement, le contrat en mentionne la possibilité, et le salarié donne son accord écrit pendant la période initiale, comme le rappelle la fiche Service Public sur la période d’essai. Si l’employeur y met fin, il doit respecter un délai de prévenance d’un mois après trois mois de présence, et ce délai ne prolonge pas l’essai.
Conséquence pratique : avec quatre mois d’essai, la décision se prend vers la fin du troisième mois. Le brief doit donc dire ce qui sera observable à 90 jours. Pas le chiffre d’affaires, trop lent à bouger, mais des signaux avancés : un diagnostic partagé avec l’équipe, un plan d’action validé par la direction, des rituels de pilotage installés, une première décision d’organisation prise. Écrits avant l’embauche et présentés au candidat, ces jalons rendent l’évaluation objective pour les deux parties. Ils protègent aussi l’entreprise, puisqu’une rupture de période d’essai pour un motif étranger aux compétences du salarié peut être jugée abusive. Passé ce cap sans décision, une séparation au sixième mois ne relève plus de l’essai mais d’un licenciement.
Un brief d’une page, relu au troisième mois
Niveau de poste, résultats attendus, état des lieux, package, mise en situation, jalons à 90 jours : ces six éléments tiennent sur une page. Ils servent à rédiger l’annonce, à conduire les entretiens, puis à décider en fin d’essai. Si vous déléguez la recherche, ils deviennent la base de comparaison des propositions, selon les critères de notre guide pour choisir un cabinet de recrutement commercial. Un cabinet qui ne demande pas ce niveau de précision avant de lancer le sourcing vous signale déjà comment il travaillera.
Nos experts en recrutement, formation et prospection commerciale accompagnent les dirigeants sur chacune de ces étapes, du diagnostic de l’équipe à l’intégration du manager recruté. Si vous vous apprêtez à recruter un directeur commercial ou un manager, contactez nos experts.


